Ici Main tenant


Introduction pour le livre d’Eveline Pizer TABLEAUX D’UNE EXPOSITION qu’elle a realisé à partir de son exposition dans les ateliers «Ici, Main tenant» à Sécheron en octobre 2001

Eveline Pizer ou L'école buissonnière, les chemins de traverse, la cuisine des fées et la danse du voile

Eveline est devenue la bibliothécaire des ateliers "Ici, Main tenant". Elle accomplit sa tâche avec beaucoup d'attention, étiquetant soigneusement livres et revues. C'est déjà tout dire et ne rien dire d'elle.

Effectivement, elle a un grand respect pour les mots et les images de notre culture et, naturellement, ils font partie intégrante de ses créations. Mais en même temps elle fait l'école buissonnière et les revisite d'une manière inattendue et subversive, en empruntant des chemins de traverse. En réalité, elle les utilise pour mijoter sa propre sauce, en se léchant les babines, comme un chef gourmand qui ne cuisine que pour ses amis intimes avec lesquels il partage, en se délectant lui-même, ses découvertes culinaire.
"Ici, Main tenant" a été créé pour l'individu, pour l'aider à découvrir (ou redécouvrir) sa créativité, à la développer en la mettant au centre de sa vie, dans un esprit de non-jugement, indépendamment du statut convenu de l'artiste. Ceci lui évite bien des blocages et des impasses mais ça n'enlève rien à la qualité de cette démarche portée alors plus sur le développement intérieur que sur la reconnaissance extérieure. Au contraire de ce que l'on pourrait penser, cela pousse en définitive plus l'individu vers les enjeux du véritable créateur que vers la pratique annexe d'un passe-temps ou d'un hobby.

Eveline a pris cette voie avec beaucoup de sérieux et sans jamais perdre son humour. Au moment où son expression est devenue originale et forte, à la grande surprise de ses admirateurs, elle a été toujours prête de partager les résultats de son cheminement créatif mais n'a jamais voulu les vendre. Ce qui la caractérise, c'est en même temps son engagement profond et son détachement des mécanismes marchands de notre société et de son monde de l'art.

En regardant son travail c'est immédiatement la pensée d'une poésie plastique revigorante assortie d'une liberté rafraîchissante qui monte à l'esprit. Elle mélange les ingrédients d'une cuisine des fées en passant du collage aux moyens picturaux les plus divers par des citations et des titres simples et mystérieux comme des haïku.
Eveline a un rapport privilégié avec tout un bestiaire qui peuple ses compositions. Elle nous entraîne vers un univers onirique qui flirte avec les contes, tout à la fois ludique, sarcastique, tendre, acide, humoristique, un monde attachant et déconcertant qui, comme la vie, est fait de contrastes, d'ombres et de lumières.

Le chérif adorait aussi Eveline l'équilibriste qui, dans les nuits de ses rêveries, dansait pour lui habillée d'un voile...



Gilbert Mazliah
Genève-Zurich, 13- 14 mars 2002 (extrait du carnet noir n°62 - retour au carnet)

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